Le rêve réalisé de Martin Luther King

Il y a 45 ans, le pasteur noir prêchait là où Barack Obama prêtera serment ce mardi. Son élection découle en ligne droite du mouvement pour les droits civiques.
En face de nous, le bassin reflète toujours le rêve de King", a dit Barack Obama dimanche, dans une mise en scène grandiose au pied du Lincoln Memorial à Washington.
Au même endroit, il y a 45 ans, Martin Luther King entonnait son refrain célèbre. "Je vous dis aujourd’hui, mes amis, que malgré les difficultés et les frustrations du moment, j’ai quand même un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. J’ai un rêve, qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux". J’ai un rêve qu’un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. J’ai un rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère. J’ai un rêve aujourd’hui".
Ce rêve, partagé par toute la communauté afro-américaine et au-delà, se concrétisera aujourd’hui. Hasard du calendrier, l’investiture de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis se tient au lendemain du Martin Luther King Day, le jour férié annuel en mémoire du chantre de l’égalité raciale.
Des paroles qui résonnent
Quand Barack Obama prêtera serment ce midi (18 heures en Belgique) au Capitole, devant le même Mall qui avait accueilli entre 200 000 et 300 000 partisans du célèbre pasteur en 1963, les paroles d’espoir de Martin Luther King résonneront dans les mémoires. La cause défendue par celui-ci, qui a abouti en 1965 à la loi sur le droit de vote étendu à tous les Américains, est "une ligne directe entre Obama et la présidence", affirme Ronald Walters, professeur de Science politique à l’Université du Maryland, interviewé par le journal de Washington "The Examiner".
Ronald Walters fut un des conseillers du révérend noir Jesse Jackson lorsqu’il s’est lancé, sans succès, dans la course à la présidence en 1984. "A la fin de la campagne de Jesse Jackson, je me suis dit, non, il n’y aura jamais un président noir de mon vivant", se souvient-il.
L’extraordinaire candidature du sénateur de l’Illinois lui a donné tort. En Virginie par exemple, un Etat ségrégationniste jusqu’au milieu des années 1960, un électeur sur cinq est Noir, et 95 pc des Afro-américains ont voté pour M. Obama. Pour la première fois depuis 1964, les Démocrates ont emporté cet Etat.
Barack Obama, né d’un père kényan et d’une mère blanche du Kansas, s’est présenté comme un candidat multiracial. Et s’il fait plus souvent référence au président Abraham Lincoln, le grand abolitionniste, qu’à Martin Luther King, les images de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960 "sont devenus une sorte de prière pour moi", écrit-il dans son autobiographie, "Les rêves de mon Père".
Sa recherche d’intégration dans une communauté, dans un pays qui ne ferait qu’un, a trouvé un écho dans cette période de bouleversements aux Etats-Unis. Et c’est son habileté à rassembler, par ses messages forts mais aussi grâce à la mise en place de réseaux de supporters efficaces, qui lui ont donné la victoire, le 4 novembre dernier.
En août 1963, Ed Jenkins se trouvait sur le Mall. En écoutant Martin Luther King prononcer son célèbre discours "I have a Dream", celui qui était alors un jeune homme de 21 ans a ressenti "un sentiment de camaraderie avec tous les gens qui se trouvaient là, des gens de partout aux Etats-Unis. Il y avait de l’électricité dans l’air. Il y a une ivresse qui se dégage de ce genre de choses".
Un accouchement
A 66 ans, malgré de l’arthrose et une hanche artificielle, Ed Jenkins a fait le déplacement à Washington depuis la Caroline du Sud pour assister aujourd’hui à ce qu’il appelle "l’accouchement" du rêve de King. Un rêve, et une union, qui reste à parfaire, comme l’a fait remarquer Barack Obama dans son discours sur les relations raciales en mars dernier. Le président "ne pourra élever le niveau de nos actions de tous les jours", déclare Charles Lewis, professeur de Sciences sociales à l’Université Howard de Washington. "Mais Obama peut nous apporter un environnement et une opportunité pour créer les changements en nous-mêmes".
Olivier Medjo Ndille